Dans le domaine artistique, l’autoportrait est un exercice redoutable, qui consiste à soumettre au regard d’un autre un portrait de soi, par soi-même. Pas vraiment réel, celui-ci constitue plutôt une image recomposée de l’auteur, selon les conditions psychologiques de réalisation. Il est d’abord un regard sur son apparence extérieure et un regard sur ses caractéristiques plus personnelles, venant traduire l’estime de soi. Voyons ensemble comment !

Le triple autoportrait de Norman ROCKWELL

Faire son autoportrait pour aller mieux ?

MIV Ministry s’est inspiré d’une étude sur l’ « Autoportrait et estime de soi : du face à soi au face aux autres », rédigée par R.Prunet, P.Estingoy, C.Garnotel, pour introduire le premier article, d’une série sur l’autoportraitthérapie.

Le secteur psychiatrique de l’hôpital de Jour de Décines-Charpieu, accueille une population mixte souffrant de schizophrénie ou de la bipolarité, en vue de favoriser leur réhabilitation psychosociale.

Dès lors, parmi les groupes thérapeutiques médiatisés, deux séances d’art thérapie sont dispensées chaque semaine, dans le cadre de projets de soin individualisés et sur prescription médicale.

Autrement dit, plus qu’offrir une activité récréative, il s’agit de mettre à disposition des patients un espace de « jeu » groupal, un point d’ancrage dans le concret, afin de lutter contre l’apragmatisme et contre l’angoisse. Cela constitue aussi un espace de « je » expressif, pour favoriser la verbalisation et inciter le sujet à (re)devenir acteur de son histoire en (ré)activant ses facultés d’autonomie et d’anticipation.

Dans le cadre d’un travail de recherche de fin d’études de psychologie clinique, nous avons émis l’hypothèse que des interactions se jouaient entre l’élaboration de l’autoportrait et l’estime de soi. Afin de vérifier ce lien, nous avons élaboré un cadre de soin groupal au sein des groupes d’art thérapie et mis en place un protocole d’évaluation.

L’autoportrait : un réceptacle des composants du Soi ?

Étymologiquement, le terme autoportrait est construit du mot grec autos (soi-même) et du verbe latin protahere (« portraire » ou représenter une personne par le dessin). La définition courante donnée par le dictionnaire (Le Petit Robert) est donc la suivante : «portrait d’un dessinateur ou d’un peintre exécuté par lui-même ».

Plus précisément, l’autoportrait consiste à réaliser en pleine conscience une œuvre qui met en jeu, et à voir, une représentation de soi. Exercice de réassurance sur notre appartenance sociale et humaine, il révèle surtout nos particularités individuelles. Il interroge donc la question de l’identité, mais aussi de l’unité physique et psychique de l’auteur.

Il fait référence à son apparence en tant que sujet différent des autres, dans ses caractéristiques externes tel que sa physionomie, tout comme dans ses composants internes tels que l’organisation de sa personnalité, ses goûts, son tempérament.

Avoir une bonne connaissance de soi

L’autoportrait constitue en ce sens un support pour les projections psychiques de l’auteur, un lieu d’expression, de révélation voire d’élaboration de ses difficultés personnelles, une expérience enfin pour une meilleure connaissance de soi.

Citation de l’artiste Ben

Pour réaliser un autoportrait, il convient d’avoir accès à une certaine connaissance de soi, toujours imparfaite, mais qui se comporte comme une construction opérante sur notre vie psychique.

Cette notion fait référence à la vision de soi, telle que définit par Christophe André et Francois Lelord, comme le « regard que l’on porte sur soi » ou cette « évaluation, fondée ou non, que l’on se fait de ses qualités et ses défauts ».

Autoportrait de Philippe Strack

Essentiel lors de la construction narcissique du sujet, la vision de soi constitue l’un des trois piliers indispensables à l’estime de soi, toujours mise en œuvre lors de la création de l’autoportrait.

Autoportrait, amour de soi et confiance en soi

Deux autres éléments se combinent subtilement autour de l’autoportrait, de cette notion contemporaine du rapport à soi et aux autres : l’amour de soi et la confiance en soi.

Le premier est clairement défini comme le fait d’aimer ou pas ce qu’on perçoit de soi, le deuxième est le fait de se sentir capable ou non de faire face à des situations importantes.

Comment se forme l’estime de soi ?

Néanmoins, nous savons que la formation de l’estime de soi tire ses racines de la petite enfance, puis se développe tout au long de la vie. Elle est à la fois l’héritage de notre culture, de notre famille, de notre histoire, de nos expériences, mais aussi construction en devenir, mobilisable pour développer nos compétences sociales et renforcer notre santé mentale. Baromètre de nos humeurs, l’estime de soi s’effondre chez les personnes en état de dépression.

Par ailleurs, les personnes atteintes de psychoses, présentent classiquement de profondes défaillances dans les processus de différenciation et d’individuation. Mais aussi dans la qualité du rapport au réel et au champ perceptif avec, par conséquent, des altérations de la conscience de soi et des autres.

Dans ce cas, pour faire une séance d’autoportrait, l’évaluation de l’estime de soi devient très périlleuse, avec des résultats parfois inattendus. Elle peut être très basse du fait d’un sentiment d’échec et de difficultés d’insertion, ou presque trop haute comme s’ils étaient protégés par un manque d’insight, un déni de la réalité et la mise en jeu de défenses mégalomaniaques.

Les séances d’autoportraits : instrument de mobilisation psychique?

Au plan méthodologique, nous sommes partis de l’hypothèse simple d’un probable impact positif de la réalisation d’autoportraits par les patients, puis de leur mobilisation autour d’une exposition publique de leurs travaux dans la cité.

Ainsi, dans ce processus deux composantes de l’estime de soi sont en effet à l’œuvre : le regard sur soi et le regard de l’autre posé sur soi, par l’autoportrait-thérapie.

Dès lors, outre l’analyse qualitative groupale de chaque séance et celle des entretiens individuels réalisés lors du bilan du groupe, nous avons utilisé un test standardisé : l’échelle d’estime de soi de Rosenberg.

TEST: ESTIME DE SOI

A ce titre, une mesure a été réalisée sur chaque patient avant les séances et juste après. Puis, un re-test a été proposé suite à l’exposition et enfin à 6 mois de l’ensemble du protocole.

Cette expérience a été réalisée avec douze patients adultes. Tous porteurs de pathologies psychiatriques sévères (trouble de la schizophrénie ou troubles affectifs bipolaires), en rémission depuis plus d’un an. Ils ont été informés de ce projet et de son évolution ; ils ont consenti librement à chacune des étapes proposées

MIV Ministry vous a partagé la première partie d’une série sur l’autoportrait. Nous verrons prochainement des études de cas en autoportrait-thérapie. Nous verrons également ses bénéfices et son efficacité.


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